18 juillet 2026 : Ultra Tour de l’Oisans. Mon gros défi trail de l’année, 90km et 5000D+ au menu. Un départ à minuit depuis Vaujany, pour les 390 coureurs qui comme moi, sont prêts à passer quelques longues heures à courir de nuit comme de jour.
Au cœur de l’obscurité et du silence, le serpentin lumineux et hypnotique de frontales s’allonge et se reflète sur les lacs du plateau de l’Oisans. Passage de nuit par le Col de Sarenne et ses 1999m d’altitude suivi d’un ravitaillement express dans le joli village endormi de Besse. La nuit se termine et les choses sérieuses commencent alors : une longue ascension pour atteindre le plateau d’Emparis nous défie après 6h de course.

Lever du jour
L’altitude, le dénivelé et les quelques petits degrés au sommet me saisissent. Je ressens de la fatigue, je peine à manger et à boire. Sensations peu agréables et pourtant le spectacle là-haut est époustouflant. Les frontales s’éteignent, les téléphones s’allument pour capturer l’instant. Le soleil se lève et avance sur ce plateau d’une beauté exceptionnelle. Etendue sauvage parsemée de lacs cristallins, la Meije et les Ecrins majestueux, en toile de fond.

J’avance moins vite que prévu sur cette partie pourtant sans grande difficulté. La redescente et le deuxième point de passage par Besse me permettent de retrouver Benoît, mon conjoint. Je suis soulagée de le voir mais je sens aussi que je commence à craquer : je n’ai pas réussi à m’alimenter ni à m’hydrater depuis plus de 2h30. Il m’encourage et m’oblige à boire, à manger quelques morceaux de fruits : on est à près de 9h de course et plus de 50km parcourus, il reste encore du chemin.

La question de l’abandon
Je repars, avec peu d’énergie, sur un tout autre parcours, plus sec, plus chaud ; un single aride, surplombant Mizoën, le Frenay, où je retrouve des coureurs qui fatiguent aussi. Je dépasse une traileuse, longue natte blonde, en difficulté. Estomac en vrac, mental au fond du sac, elle veut arrêter. Je l’encourage, la pousse à continuer : on est peu de femmes en course, l’entraide est précieuse et peut tout changer. Je ne le sais pas encore, quelques kilomètres après, c’est elle qui va me tenir le même discours, quand assise au bord du chemin, je craque à mon tour. Elle repartira devant, je suis à bout, au bout. J’ai croisé peu avant mes amis Sophie et Nico venus m’encourager, me donner de la force. Ils croient en moi, ils sont impressionnés, ça réchauffe le coeur, sur quelques mètres. Mais le mental ne suit plus, la promesse de remettre mon dossard au prochain ravitaillement, ne me quitte plus. Je vais abandonner, pour la première fois.
Au Km 64, me voilà au ravitaillement de Pierre Ronde sur une chaise pliante, épuisée, à regarder les coureurs, dans le dur, eux aussi. Il fait chaud, mais on me propose un thé : ça passe bien, ça me fait même du bien. J’en prends un deuxième et commence à re-manger, de la pastèque, de l’orange. Les bénévoles sont d’une douceur incroyable : des mots gentils, de sourires, des petits massages sur les épaules. Je reprends des couleurs, un peu de chaleur et d’énergie et je repars après 35 bonnes minutes de pause (record de la course je pense !).
Le renouveau
Je vis et expérimente mon adage « tout finit par passer » : comme un déclic, je vais mieux et je suis capable de courir, de manger et boire à nouveau. Je passe par l’Alpe d’Huez qui se prépare à l’arrivée prochaine du Tour de France et retrouve Benoît, plus bas, à Villard Reculas, aussi stupéfait que soulagé de me voir galoper et bien aller. Il reste 14km avant l’arrivée ; je sais maintenant que je franchirai la ligne car je me sens bien. Fatiguée, mais confiante. La dernière ligne droite ressemble à un jour sans fin mais je m’en accommode : le chemin alterne montées et descentes dans les bois, c’est casse-pattes, il fait chaud, mais au moins, on est à l’ombre. Je rattrape et dépasse des coureurs et je retrouve 5km avant l’arrivée, ma comparse à la natte blonde qui subit à nouveau des problèmes gastriques sur les derniers kilomètres. Je l’encourage à mon tour, l’arrivée est si proche, plus de discussion, elle va finir.

Les derniers mètres ne nous laissent aucun répit : on finit par une faux plat sur bitume brulant et une dernière montée avant de franchir la ligne. Il est 17h06 : j’ai terminé, je peux enfin m’asseoir et applaudir celles et ceux qui arrivent après moi.

Je retiens un parcours sublime, des paysages à couper le souffle et une organisation impeccable. Un grand bravo à Idée Alpes, Eric pour sa gentillesse, le café à 23h, son équipe professionnelle et ses bénévoles si chaleureux. Et merci à Lionel Montico, pour ses photos incroyables. Cela compte énormément sur une épreuve aussi longue et exigeante.
Je retiens que l’on est capable de bien plus qu’on ne le pense. Que tout passe en effet. Que d’être soutenue et encouragée par ses proches, sa famille et ses amis à distance, est une aide inestimable.
Je retiens enfin plein d’enseignements sur la gestion alimentaire et l’hydratation, le paramètre altitude, la transition nuit/jour, l’entraînement.




